Poteau télégraphique goudronné

Une photo qui obtient le prix Pulitzer et dont on ne connaît pas l’auteur. Le fait est assez original et mérite d’être signalé. C’est en 1979 après l’arrivée de Khomeyni en Iran (soutenue par toute la presse internationale qui n’imaginait pas pire que le Shah). Les tireurs sont des soldats de la République islamique d’Iran et les victimes une dizaine de Kurdes.
Le temps passe, de temps à autre un photographe iranien, réfugié à l’étranger, réclame la paternité de l’image mais sans jamais convaincre, faute de preuves. Il semble pourtant, à ce qu’affirme le Wall Street Journal dans un article daté du 4 décembre 2006, qu’on ait retrouvé ce mystérieux photographe, anonyme jusqu’à présent. Il s’agirait de Jahangir Razmi, âgé aujourd’hui de 58 ans, résidant à Téhéran. Ce photographe en reportage dans le Kurdistan assiste au procès expéditif qui aboutit à l’exécution des Kurdes. Le journaliste américain a même vu les planches-contacts de la scène au domicile de Razmi. Le photographe iranien avait une autorisation pour la prise de ces clichés, il a remis les négatifs aux autorités iraniennes et bien sûr n’a jamais touché un sou pour la publication de cette célèbre image, en 1979, dans tous les périodiques du monde entier. C’est en fait le rédacteur en chef du journal Ettela’at qui, après avoir décidé de la publication de l’image, a choisi de ne pas mentionner son auteur afin de « le protéger » dira-t-il. Si le journaliste américain n’était pas allé chercher Razmi en Iran, ce dernier n'aurait pas souhaité être identifié comme auteur du célèbre cliché. Belle leçon d’humilité, ou encore curieuses pratiques des rédacteurs en chef pour éviter de verser les droits d’auteurs. Seul cet étonnant concours de circonstances, le prix Pulitzer (à une époque où l’Iran représentait le diable chez l’oncle Sam) et la recherche d’un journaliste américain, ont permis de rompre l’anonymat de cette image.
Il semblerait que de plus en plus d’images « scoops » soient issus d’amateurs simplement armés d’un "téléphone portable appareil photo" de qualité médiocre. Ils ont pour seul avantage d’être présents à l’instant de l’événement. Un heureux hasard, de ceux qui se produisent une fois dans la vie, leur donne la une des quotidiens et hebdomadaires. Une ou deux semaines de gloire avant de disparaître dans l’anonymat d’où ils sont venus, sans que personne n’ait su retenir leurs noms. On peut dire que la photographie de presse se « déspécialise » et du même coup se dépersonnalise. C’est la simple conséquence de l’entrée de l’appareil rudimentaire de prises de vues dans le quotidien qui implique que tout citoyen est, potentiellement, un photographe qui s’ignore. Razmi recevra finalement son prix en 2007, vingt-huit ans après, avec les lauréats de l’année. Mieux vaut tard…
Les informations qui suivent prennent leur source dans une documentation variée (de la thèse de doctorat vétérinaire aux études ophtalmologiques sur la vision animale). J’ai choisi, pour ne pas surcharger l’article, de ne citer aucun travail en particulier.
La vision du chien se différencie de celle de l’homme par quatre caractéristiques principales :
1 - Contrairement à ce qu’on croyait il n’y a pas si longtemps, le chien ne voit pas en noir et blanc mais son spectre de vision est beaucoup plus étroit que le nôtre. En gros il se limite au jaune et au bleu (deux couleurs complémentaires) pour un résultat qui est plus proche d’une vision monochromatique que d’une vision colorée.
2 - Son acuité visuelle est sensiblement plus faible que celle de l’homme (6 pour 20 en échelle de grandeur), mais sa vision nocturne est nettement supérieure (5 fois moins de lumière suffit pour qu’il se dirige sans effort dans un milieu accidenté). Dans la pratique, un ciel étoilé, mais sans lune, lui permet de distinguer nettement une proie mouvante comme le fait son ancêtre le loup, reconnu pour son aptitude à la chasse nocturne. Cette particularité, commune avec le chat, est due à une pellicule fluorescente (tapetum lucidum) qui recouvre le fond de la rétine et qui joue le rôle d’amplificateur de lumière. Cette pellicule provoque l’aspect « yeux fluorescents » des chiens, la nuit venue. De plus, le chien est presbyte et distingue mal les détails à moins de 25 cm.
3 - Le champ de vision est, lui, plus important que le nôtre (ceci est à relativiser avec la race du chien) à cause de la position de ses yeux plus latérale que la nôtre. Mais la zone de coïncidence (zone de vision naturelle du relief) est ainsi plus faible.
4 – Sa fréquence de vision est beaucoup plus élevée que la nôtre. C’est plus difficile à expliquer. Disons que nous voyons un maximum de 16 images par seconde (fréquence début du cinéma amateur quand les mouvements paraissaient saccadés). A 24 images/seconde (25 pour la télévision) nous percevons les images comme un mouvement continu, sans les séparer les unes des autres. En augmentant la fréquence de vision, au cinéma par exemple, on tourne à 50 images/sec pour obtenir, à la projection, un ralenti. On décompose nettement mieux les mouvements sur ces fameux « ralentis » cinématographiques qui correspondent à une vision canine. Conséquence : un chien est sensible à un mouvement humain à 1,5 km alors qu’il ne distinguera rien d’un objet immobile à 20m. Il verra de la télévision une série d’images saccadées sans lien entre elles. Pas téléphage, le chien… Cette fréquence élevée donne au chien un temps de réaction plus rapide que le nôtre.
En conclusion le chien voit moins bien avec son œil (en acuité et en couleur, pas en vitesse ni en champ), mais comme nous l’avons dit les semaines précédentes, on ne voit pas avec son seul œil mais aussi, et surtout, avec son cerveau. Imaginons que l’on parle, à propos du chien, de perception au lieu de vision. Le chien entend beaucoup mieux que nous (avec une bande passante supérieure), sent incomparablement mieux (avec une palette d’odeurs cent fois plus étendue) et on peut même imaginer un autre sens que nous aurions entièrement perdu (on comprend mal comment ces animaux, déportés à plus de cent kilomètres, retrouvent leur niche). Avec ces trois sens, au moins, le chien crée une sorte de carte instantanée de son environnement qui lui permet de se diriger en toutes circonstances, de chasser efficacement pour se nourrir, de prévoir les dangers, bref d’évoluer aisément dans le monde qui l’entoure. La vision humaine n’est plus combinée avec d’autres sens parce que nous l’avons isolée, pensant ainsi que l’œil fonctionnait comme un instrument optique. Nos perceptions de l’environnement sont aujourd’hui presque exclusivement visuelles. Il n’en va pas de même dans le monde animal qui combine différents sens pour créer une représentation de son biotope qui, si l’on en croit ses facultés à survivre, vaut bien la nôtre.
Un exemple étonnant. On place une lentille qui inverse l’image devant l’œil d’un observateur. Il voit tout à l’envers mais cela ne dure pas. Après trois jours, il redresse lui même l’image et tout rentre dans l’ordre. Pourquoi ? Parce qu’il sait, par expérience, que ce qui est à droite doit être vu à droite et que ce qui est en bas doit être vu en bas. La connaissance du milieu influencera la vision au point de lui donner une direction. Autre exemple : en théorie, la vision du relief est due à la coïncidence du champ visuel des deux yeux. Or, si l’on cache un œil de l’observateur, il s’adaptera très vite et compensera avec de petits mouvements de la tête qui lui permettront de savoir quel objet est situé devant tel autre. Il rétablira ainsi la notion de relief liée, elle aussi, à la connaissance du milieu qui l’entoure. Ces exemples d’une exceptionnelle adaptation de l’œil sont multiples et concourent à ne plus considérer cet organe comme un instrument optique mais comme un des éléments d’une synthèse que nous réalisons pour percevoir notre milieu environnant.
Il y a fort à parier que nous ne voyons pas, avec l’œil, une droite comme rectiligne. Tous les instruments optiques peinent beaucoup à restituer un quadrillage avec des lignes parallèles et il serait surprenant que l’œil se comporte différemment. Seulement, nous savons que ce quadrillage est constitué de lignes parallèles entre elles et nous finissons par les voir comme telles. Donc nous compensons, psychologiquement, toutes les anomalies optiques de notre système de vision. C’est ce qui explique qu’il existe autant de daltoniens qui s’ignorent. Ils peuvent compenser leurs défauts de spectre par une plus grande sensibilité à la densité des couleurs (plus clair ou plus sombre), par exemple. Cette carence est vite comblée (pas complètement toutefois) et ne représente plus une réelle gêne pour le quotidien. Le test présenté est le plus connu pour déceler la principale forme de daltonisme, mais ce n’est pas la seule. Si vous voyez les chiffres à l’intérieur des cercles, n’en déduisez pas hâtivement que vous n’êtes pas daltoniens mais seulement que vous n’êtes pas affectés de la forme la plus courante de daltonisme.
La vision nocturne est très peu colorée et se rapproche d’une perception monochromatique. Ce sont les bâtonnets de l’oeil, plus sensibles aux intensités faibles de lumière, et non plus les cônes qui sont alors sollicités. Beaucoup d’animaux ne possèdent presque que des bâtonnets, très peu de cônes et ont donc une vision des couleurs assez réduite mais en revanche une vision nocturne très sensiblement supérieure à la nôtre (un ciel étoilé, sans lune, suffira à leurs déplacements en milieu accidenté).
Nous verrons la semaine prochaine comment le chien qui possède une vision de très faible acuité compense cette faiblesse par les autres sens en créant une synthèse avec l’ouïe et l’odorat qui lui permettra d’être aussi performant dans beaucoup de domaines.